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Chaque mois nous interviewons un éditeur, client ou partenaire afin de connaitre son métier, son analysé du marché du livre numérique et ses projets pour les années à venir. Ce mois-ci nous donnons la parole à Davy Athuil, fondateur du peuple de Mü.

TEA : Pouvez-vous nous présenter brièvement votre maison d’édition, le peuple de Mü ? Historique, organisation, nombre de parutions…

Davy Athuil  : Le peuple de Mü est né d’une idée folle, il y a plus de dix ans, que nous pouvions proposer à la lecture des livres sur supports numériques. À l’époque, je n’avais pas eu le courage de me lancer. L’âge aidant, les quarante ans arrivant, il m’a fallu choisir, il y a près de deux ans, entre les remords et les regrets… et le choix fut vite fait. Ainsi naquit Le peuple de Mü, maison d’édition cross-media (papier + numérique), spécialisée dans le fantastique, la science-fiction, l’anticipation et l’uchronie. Notre rythme de publication (vitesse de croisière atteinte sur 2015) est d’une dizaine de romans par an.

TEA : Vous avez choisi de faire paraître vos parutions en versions papier et numérique dès l’origine de votre maison d’édition. Est-ce une volonté revendiquée de votre part ? Avez-vous une politique commerciale propre au numérique ?

DA :  En fait, nous sommes arrivés au moment où le papier et le numérique (ou plutôt leurs défenseurs) commençaient une petite bataille. Notre projet de départ était de proposer immédiatement à nos lecteurs le choix des formats. Prudents (peut-être trop avec le recul), nous avons décidé de commencer uniquement en numérique. Quelques mois plus tard, sur un panel choisi de lecteurs, nous avons procédé à deux sondages dont les résultats confirmaient notre intention première : 1/ le livre papier était encore préféré pour une lecture au calme, chez soi ; 2/ le livre numérique était fortement apprécié (enfin surtout l’appareil permettant de le lire) pour son côté nomade ; 3/ les lecteurs attendaient de nous une proposition définie, pour chaque roman, comme suit : une version numérique + papier ; une version numérique. C’est en ce sens que résident aujourd’hui nos actions de lobbying à qui veut bien nous entendre…

Concernant la deuxième partie de votre question, commercialement, nous pensons que le prix d’un livre numérique doit être inférieur à 7,00€ et nous avons privilégié, pour l’instant, un tarif unique de 5,99€ pour chacun de nos romans. Toutefois, nous pensons évoluer vers des solutions groupées et permettre ainsi au livre numérique de représenter 30% du prix du papier.

TEA : Pourquoi avez-vous choisi de (re)publier des classiques (comme 20 000 lieues sous les mers) en numérique ?

DA : Parce que nous pensons que ce genre d’ouvrage devrait être disponible gratuitement en numérique ! Que cela ne soit pas le cas pour les versions papier est assez normal compte tenu du coût induit par l’impression. Mais, aujourd’hui, la fabrication d’un ePub a été grandement facilitée et des logiciels professionnels, comme InDesign, proposent des solutions satisfaisantes.

Lors du festival des cultures de l’imaginaire de Meyzieu, les Oniriques, j’ai eu l’occasion d’échanger, lors d’une table ronde sur les questions numériques, avec Jérôme Vincent et Jean-Claude Dunyach. Ce dernier m’a présenté un traitement de texte très intéressant, à trente dollars, permettant la création d’un ePub très satisfaisant : Atlantis.

Dès lors, il nous semble important, pour une maison d’édition comme la nôtre, de pouvoir proposer gratuitement des œuvres du répertoire fantastique (au sens large)… et nous sommes même très en retard sur les projets en cours à mettre à disposition gratuitement…

TEA : Quel bilan faites-vous de vos ventes numériques en 2014 : Avez-vous vu émerger des auteurs ? Quelles sont vos catégories phares ?

DA : À côté d’auteurs confirmés comme Alfred Boudry ou Sonia Quémener, je pense qu’il faudra à l’avenir compter sur un écrivain bourré de talents : Nicolas Cartelet. Nous sommes fiers d’avoir été les premiers à lui faire confiance et nous ne le regrettons pas un seul instant !

Nous n’avons pas pour l’instant de catégorie phare (même si la SF est assez présente) mais 2014 a vu, il faut le dire, la création d’une collection dirigée par Alfred Boudry, Adynata. Il s’agit d’un laboratoire littéraire ou les OLNI (objets littéraires non identifiés) trouvent enfin une place. Le premier titre, L’illusion du contrôle, nouvelles implausibles de Sonia Quémener est à découvrir assurément (et si vous avez un doute, attendez la sortie de Bifrost en avril pour découvrir ce qu’ils en pensent).

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TEA : Comment voyez-vous l’année 2015 du livre numérique chez Le Peuple de Mü? Avez-vous déjà des opérations ou des grosses parutions à nous annoncer ? 

DA : Nous venons de procéder à une grosse opération de communication avec ActuaLitté pour la sortie du roman de Nicolas Cartelet, #TimeTrotters (en version papier uniquement puisque la version numérique est disponible chez nos confrères de WalrusBook).

Ce type d’opération représente un coût certain pour un tout petit éditeur qui n’a pas la chance d’avoir un diffuseur pour compléter ses actions (notre catalogue n’est pas assez important pour les intéresser… *soupir*). Nous allons continuer, malgré tout, de plus petites opérations sur nos prochains titres.

Concernant les grosses parutions, nous allons publier fin avril, un roman de science-fiction d’Alfred Boudry, La Sagesse des piliers, au mois de septembre, une uchronie de Pierre Léauté, Mort aux grands !, et, entre les deux, Létherrae de Morgan Malet et Le Mnémenol de Sébastien Tissandier. Le peuple de Mü prépare également une belle surprise pour la fin d’année… mais chut !, c’est en préparation…

TEA : Et pour finir, à côté de quel ebook paru en 2014 chez Le Peuple de Mü ne fallait-il vraiment pas passer ? Et quel titre attendez-vous particulièrement en 2015 ?

DA : En 2014, il ne fallait pas passer à côté de deux ebooks : Néagè1 et L’illusion du contrôle, nouvelles implausibles.

Le premier est le début d’une trilogie créée par Nicolas Cartelet. Il s’agit d’une épopée homérique aux confins de la galaxie, dix mille ans après que les humains ont quitté la Terre.

Le deuxième est un recueil de nouvelles de Sonia Quémener. Il nous fait réfléchir sur notre place dans l’univers et sur notre persistance à vouloir tout contrôler et à échouer… à chaque fois.

Pour 2015, nous attendons évidemment tous nos titres qui sont, pour chacun d’entre eux, une petite naissance dans la multitude éditoriale. Mais, puisqu’il faut choisir et outre le titre de fin d’année « dont-on-ne-peut-pas-encore-parler », Mort aux grands ! de Pierre Léauté qui sera notre rentrée littéraire de septembre 2015 est à suivre de très près : les Français ont perdu la première guerre mondiale, les Allemands étouffent les vaincus et des cendres de la guerre va s’élever une voix qui désignera les coupables de la défaite, ceux dont on affublera tous les maux… les grands !

En plein centenaire de la première guerre mondiale, ce roman nous interroge sur la fascination des peuples (brisés par la défaite, l’humiliation et la soumission) pour des idéologies qu’en temps normal ils n’auraient jamais soutenues.

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