Emmanuelle Vial, Directrice des éditions Autrement, nous a fait le plaisir de répondre à nos questions.

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TEA : Les Éditions Autrement fêtent cette année leurs 40 ans. Joyeux anniversaire ! Est-ce que c’est plutôt la crise des 40 ans ou l’âge de la maturité pour vous ?

EV : Merci ! C’est amusant que vous posiez cette question – on a justement publié un petit texte formidable d’un philosophe anglais qui aborde cette question de la « crise » de la quarantaine (Christopher Hamilton, 40 ans, à la croisée des chemins, collection « Les grands mots ») : pour ceux qui abordent cet âge, beaucoup a déjà été accompli, mais les choix qui restent à faire sont cruciaux, donc difficiles. Est-ce le cas pour Autrement ? Pas complètement… Ces dernières années, un énorme travail a permis de repenser et de rajeunir en quelque sorte l’ensemble des collections de la maison, en gardant à cœur les valeurs humanistes, l’ouverture sur le monde et une certaine impertinence qui ont fait sa renommée. Autrement est un lieu d’accueil d’auteurs très différents, mais qui ont en commun cet esprit rationnel et laïque, profondément ancré dans la société contemporaine, et une certaine capacité à bousculer les idées reçues, peut-être un certain optimisme aussi, la volonté de croire à un avenir meilleur. Est-ce pour autant l’âge de la maturité, pas sûr non plus : j’aimerais que nos livres dégagent une énergie, une certaine audace intellectuelle et graphique qui serait un mélange d’adolescence rebelle et de sagesse ancestrale. Beau programme, non ?

TEA : Pouvez-vous nous faire une brève présentation de votre maison d’édition et de ces 40 ans d’existence ?

EV : Autrement est une maison de taille moyenne, généraliste, qui publie environ 45 nouveautés par an, dont une douzaine de romans. Nous publions moins qu’à une certaine époque, parce que le marché a changé, et que nous voulons nous concentrer sur la qualité et le suivi des ouvrages, les relations presse et libraires, et bien sûr l’accompagnement de nos auteurs. Quand Henry Dougier a fondé Autrement, il publiait d’abord une revue axée sur les questions de société, dans le prolongement des idées de mai 1968 et de la gauche rocardienne (pour faire court). Cette revue, dont la liberté de ton, la modernité et le graphisme étaient exceptionnels, et parfaitement dans l’air du temps, s’est progressivement étendue à des ouvrages collectifs reliés, organisés en collections, dont les plus célèbres restent « Mondes », « Mutations » et les guides de voyage. Aujourd’hui, outre la littérature qui reste un joyau de la production, nous avons réorganisé les ouvrages en 5 ou 6 collections phare : « Manifeste », sans doute l’héritière la plus directe de cet esprit collectif et engagé, « Les grands mots » dont je parlais, qui est donc une collection de philosophie dirigée par Alexandre Lacroix, « Haut & Fort », des essais d’intervention, les Atlas bien sûr, « Universités populaires & Cie » dirigée par Michel Onfray, et plus récemment « Angles & reliefs », une collection d’essais illustrés d’infographies, dont le premier titre paru en mars dernier, L’alimentation en otage de José Bové, est un joli succès.

Inconnu à cette adresse - Kressman TaylorL'alimentation en otage - GIlles LuneauGrand Atlas 2015

TEA : En 2012, vous avez fêté le 10ème anniversaire des Atlas Autrement en numérisant cette collection emblématique. Qu’est-ce que vous nous préparez cette année à l’occasion de votre anniversaire ?

EV : En faisant la fête, d’abord ! Nous organisons une fête au théâtre Antoine à Paris, pour nos auteurs, libraires et partenaires, en présence des nombreux acteurs qui ont joué dans l’adaptation théâtrale d’un titre emblématique de la maison, Inconnu à cette adresse de Katherine Kressmann Taylor. Ce titre sera d’ailleurs republié par nos soins ce printemps dans une édition limitée, augmentée d’interviews inédites de l’auteur, d’un cahier photo, et de surprises. Nous collaborons avec les libraires sur deux temps forts : la littérature d’abord, en juin, puis les Atlas et les essais, fin septembre.

TEA : Vous avez choisi de faire paraître vos nouveautés en versions papier et numérique. Est-ce une volonté revendiquée de votre part ? Avez-vous une politique commerciale propre au numérique ?

Oui, bien sûr – il est impossible aujourd’hui de ne pas le faire me semble-t-il. Nous avons une politique active de mises en avant, de promotions et de visibilité sur Internet en général, y compris avec une page Facebook très visitée.

TEA : Comment voyez-vous l’avenir du livre numérique ? En 2015 et après… Chez Autrement et en général…

EV : Un éditeur très au fait de ces questions, et très engagé, me disait récemment au sujet du livre numérique : « en fait, c’est un pétard mouillé… ». C’est vrai qu’à 3% du marché, on est encore loin de la révolution annoncée… Ce qu’on peut en dire, c’est que pour le moment ça concerne un certain lectorat, sur des domaines spécifiques (la littérature de genre, le pratique notamment) et une génération globalement plus jeune. Et que ce marché progresse malgré tout. C’est donc très important pour nous, notamment parce que je tiens à maintenir autant que possible un lectorat de tous âges.

TEA : La rentrée littéraire sera bientôt là, avez-vous déjà des informations exclusives sur les nouveautés de cette rentrée ? un futur coup de cœur pour les lecteurs à signaler ?

EV : Ah oui, et comment ! Deux titres en cette rentrée littéraire chez Autrement, tous deux absolument sensationnels ! Le roman d’une jeune Américaine géniale, Anna North : Vie et mort de Sophie Stark. Si vous n’avez pas le temps de lire, je vous déconseille formellement de regarder les premières pages. Impossible de s’arrêter. Ça parle de cinéma, d’amour, de ce que ça implique de vouloir exister en tant qu’artiste, d’amitié, de succès… Il paraît le 19 août, et j’espère beaucoup que les libraires et les lecteurs partageront notre plaisir et notre enthousiasme. Le deuxième titre est un court (et premier) roman d’un jeune Suisse allemand incroyable, philosophe de formation, et qui propose une fable, une satire à la fois effrayante et tordante de notre monde actuel, en imaginant l’effet que produirait l’effondrement du système financier mondial sur un petit groupe de gens partis faire la fête dans un club de luxe en Tunisie : Le printemps des barbares, de Jonas Lüscher, est un vrai régal…

Merci beaucoup, Emmanuelle Vial, de vous être prêtée au jeu de notre interview, et surtout, encore joyeux anniversaire de la part de TEA !

Vie et mort de Sophie Starck - liseuse TEA