[Interview] François Guérif, fondateur des collections Rivages/Noir répond à nos questions.

Alors que nous célébrons cette année les 30 ans de la collection Rivages/Noir, nous avons eu la chance de poser quelques questions à son fondateur, François Guérif, véritable parrain de l’édition de romans policiers et de romans noirs. On lui doit (notamment) la découverte de James Ellroy, de Dennis Lehane ou de David Peace, il a remporté le Ellery Queen Award du meilleur éditeur en 1997, il a fondé la revue Polar, et aujourd’hui il répond à nos questions. Parole à celui pour qui « le rôle de l’éditeur, c’est d’abord de bien lire une œuvre, puis de savoir la défendre. De savoir faire partager son enthousiasme, et de la respecter, cette œuvre.

Est-ce que c’est ce respect que vous portez aux œuvres et aux auteurs qui a fait la longévité de la collection Rivages/Noir ?

Je l’espère.

Quel bilan dressez-vous de l’évolution du métier d’éditeur après ces 30 années d’édition ?

Mon bilan de l’évolution du métier d’éditeur est mitigé: disparition d’indépendants, beaucoup de rachats et tendance à la concentration. Finalement peu d’éditeurs à l’intérieur de ces groupes ont une liberté totale. Je constate aussi une tendance au « suivisme ». Le polar en est un exemple frappant. Cela dit, il ne faut pas désespérer. De nouvelles voix se font entendre tous les jours.

Et quels ont été vos coups de cœur parmi les 1000 titres de la collection ?

Tous les livres que j’ai publiés ont été des coups de coeur: Ellroy, Cook, Westlake, Pagan, Le Corre, Dessaint, Lehane, Taibo, Thompson, Harvey, Hillerman, O’Connell, etc…etc…J’ai une tendresse particulière pour ceux qui sont un peu oubliés, comme Wetering ou Siniac, ou ceux dont les livres pourtant admirables n’ont pas marché (Monsieur Grosbidon de Samuel Ornitz, Traversée vent debout de Jim Nisbet, Personne ne regarde de Davis Grubb).
Mon dernier gros coup de coeur a été Emily St. John Mandel.

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Le 1000ème titre de la collection, Gravesend, de William Boyle, paraîtra le 30 mars. (Paraîtra-t-il en version numérique ?) Pourquoi avoir choisi le titre d’un inconnu pour ce numéro emblématique ?

Un inconnu pour dire que le genre ne cesse de se renouveler, et ce texte-là parce qu’il est tout simplement magnifique.

Les Éditions Rivages ont numérisé une grande partie de leur fonds et de leurs nouveautés. Quelle est aujourd’hui la part de catalogue accessible en version e-book ? Et quel est votre avis personnel sur le livre numérique ?

Environ quinze pour cent de mon catalogue est numérisé. Je préfère l’édition papier, parce que j’aime aussi l’objet-livre, le voir, le toucher, tourner les pages, apprécier la qualité de l’impression. Par ailleurs, le livre numérique est appréciable quand il permet d’avoir accès à des titres introuvables.

Vous avez commencé votre parcours par la librairie. Que pensez-vous du rôle des libraires à l’heure du numérique ?

Le rôle des libraires est encore et toujours essentiel. Leur avis me semble plus fiable que pas mal de commentaires sur Internet. Et les librairies sont des lieux de vie.

En tant qu’éditeur des auteurs les plus prestigieux du polar et en tant que l’un des plus grands spécialistes du roman policier, comment définiriez-vous l’état actuel du genre ? Pensez-vous que l’essor du numérique a un impact sur l’écriture de romans policiers et de romans noirs ?

L’état actuel du genre est ambivalent. D’un côté, il conquiert de plus en plus de lecteurs et sa valeur littéraire est reconnue. De l’autre, ce succès entraîne une surproduction (le nombre des lecteurs ne s’est pas accru dans la même proportion) et il n’y a rien de plus triste que de voir des éditeurs s’y intéresser uniquement parce que c’est « un marché porteur ». On confond tout et n’importe quoi. Je ne sais pas si l’essor du numérique a un impact sur l’écriture du polar.

Que peut-on souhaiter à la collection Rivages/Noir pour les 30 années à venir ?

Je ne pense pas vivre centenaire, mais j’espère que les trente années à venir verront l’apparition de nouveaux grands du genre et l’exhumation de quelques perles du passé oubliées ou encore inconnues. Tout dépendra de ceux qui prendront la relève.

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